Licoornes
#28 - Les Licoornes, une évidence.
Hello, c’est Anaïz.
Il y a six mois, je vous emmenais dans les coulisses de TeleCoop, le premier opérateur télécom coopératif. Marion Graeffly, sa cofondatrice, m’avait dit une phrase qui m’a marquée : « On a fait des constats alarmants sur le secteur des opérateurs télécom, et on s’est dit qu’on allait faire tout l’inverse, littéralement. »
Aujourd’hui, je zoome en arrière, parce que TeleCoop n’est pas un cas isolé : c’est l’une des 16 sociétés coopératives membres des Licoornes, avec deux « o », pour marquer la rupture avec les licornes (ces start-ups valorisées à plus d’un milliard de dollars).
Dans une entreprise classique, le pouvoir se compte en parts de capital. Si je la fais courte : une action = une voix. Autrement dit, l’argent est maître à bord. Le reste, le travail, les conditions dans lesquelles il s’exerce ou les limites de notre planète, passent (bien trop souvent) après.
Les Licoornes ont une logique inverse : c’est un collectif de coopératives de la transition écologique et solidaire, qui ont mis la démocratie et l’utilité collective au cœur de leur modèle.
Du coup, je profite de la sortie de leur campagne (dont je vous parle juste après) pour creuser ce qui les rassemble : un modèle de gouvernance partagée qui change profondément le rapport au pouvoir, au partage de la valeur et au travail. Et puis, derrière ce modèle, il y a des questions très RH : qui décide, comment on rémunère, ce qu’on fait des bénéfices.
Bonne lecture,
Anaïz.
DANS LES COULISSES DES LICOORNES
Les Licoornes, la coopérative comme proposition politique
Les Licoornes, c’est un projet intercoopératif à (très) forte dimension politique. En s’alliant, ces coopératives souhaitent développer un écosystème coopératif qui répond aux grands enjeux de notre époque.
C’est aussi une association née en 2021 qui rassemble aujourd’hui seize coopératives de la transition. Vous en connaissez sûrement plusieurs : Enercoop pour l’électricité, Mobicoop pour le covoiturage, Citiz pour l’autopartage, Commown pour l’électronique durable, Label Emmaüs pour le e-commerce d’occasion, ou TeleCoop pour les forfaits mobiles.
Leur ambition tient en une phrase : proposer une autre façon de produire et de consommer (comprendre : transformer complètement l’économie pour la mettre au service de la transition écologique et sociale).
Les règles du jeu des Licoornes
Les Licoornes sont des SCIC (sociétés coopératives d’intérêt collectif), statut créé par la loi de 2001. Elles ont quatre piliers, que je trouve, comme RH (et citoyenne), profondément intéressants.
• La durabilité. Leurs modèles économiques sont pensés pour durer, donc sobres en ressources, indépendants des effets de mode.
• La solidarité. Des modèles inclusifs, pensés pour être accessibles et servir le plus grand nombre.
• La démocratie. En SCIC, la règle est dans la loi : une personne, une voix en assemblée générale, quel que soit le nombre de parts détenues. Salarié·es, usager·es, collectivités et financeurs peuvent être associé·es et décider ensemble.
• La profitabilité limitée. Là aussi, c’est cadré : au moins 57,5 % des résultats restent dans la coopérative, en réserve, et ne peuvent jamais rémunérer le capital. En gros : les bénéfices nourrissent l’activité, pas les actionnaires. À ce socle légal, les Licoornes ajoutent un engagement qui ne figure pas dans le statut de la SCIC : l’encadrement des échelles de salaires pour réduire les écarts (et ça, perso, j’adore).
Ce que ça nous apprend, même si on est un (simple) cheval
Le modèle des Licoornes prouve, n’en déplaise à certain·es, que les entreprises sont politiques. Choisir qui décide, comment on paie, ce qu’on fait des bénéfices, ce sont des décisions qui dessinent un bout de société. Les Licoornes en font leur raison d’être.
Alors, je sais que bon nombre d’entre vous vont se demander quoi faire de tout ça. Vous n’avez pas besoin de transformer votre structure en SCIC pour vous en inspirer (mais vous pouvez, hein).
La logique des Licoornes s’emprunte par morceaux : vous pouvez décider que certaines décisions se prennent collectivement. Vous pouvez vous fixer un écart maximal entre la rémunération la plus basse et la plus haute. Vous pouvez clarifier ce que deviennent vos bénéfices en fin d’année et comment partager la valeur créée.
Aucune de ces décisions ne demande un nouveau statut juridique. Elles amènent cependant à regarder nos pratiques RH et notre gouvernance pour ce qu’elles sont : des choix de société à notre échelle.
ACTIONS !
Deux choses cette quinzaine :
1. Regardez une décision RH que vous avez à prendre bientôt (un recrutement ou une augmentation, par exemple) et posez-vous ces questions : qui décide ? Est-ce que toutes les personnes concernées sont impliquées ? Est-ce une décision explicable en une phrase à tous les salariés ? C’est un moyen de la rendre plus démocratique ou plus transparente (ou les deux).
2. Et, si le modèle vous parle, soutenez les Licoornes qui ont lancé « Alt au capitalisme », une campagne de levée de fonds citoyenne pour porter les alternatives coopératives au cœur de la présidentielle 2027. La campagne se termine dans trois jours. Pour les soutenir, c’est ici.
Au prochain épisode
Dans 15 jours, on parle RH et canicule (ce sera d’ailleurs la dernière édition de Mission RH avant la coupure d’été). Au programme : un tour d’horizon des mesures RH à prendre, sur le court et le long termes, face au changement climatique.
Hâte de partager cela avec vous.
Belle quinzaine, et on se retrouve le 21 juillet.
Anaïz.
PS : Et si ce n’est pas déjà fait, vous pouvez : découvrir mon site · me suivre sur LinkedIn · discuter de vos besoins en RH.


