Culture
#3 - La culture, une histoire de pratiques RH ?
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Tirons le fil — La culture : une affaire de pratiques RH ? Je tire ce fil avec Sarah Durieux, militante, organisatrice, autrice de « Militer à tout prix ? ». Elle a dirigé des équipes chez Change.org et Multitudes, et partage ici sa vision d’une culture organisationnelle saine.
Brèves d’impact : Vous étiez 86 % à demander le maintien de cette rubrique… la voilà . Merci pour vos réponses au sondage.
Offres d’emploi RH & impact : Une sélection d’opportunités à découvrir — ou à partager autour de vous.
1. Tirons le fil : la culture, une histoire de pratiques RH ?
La culture organisationnelle est souvent invoquée, rarement interrogée. On en parle comme d’un climat, d’un ADN, d’une ambiance. Mais quand on veut la définir précisément, les repères se brouillent. Est-ce ce qui rend une équipe soudée ? Ce qu’on affiche dans le livret d’accueil ? Ce qui tient — ou s’effondre — en cas de crise ?
Pour ce nouveau Tirons le fil, j’ai échangé avec Sarah Durieux, militante, organisatrice, autrice de « Militer à tout prix ? », qui a notamment conduit des équipes chez Change.org et Multitudes.
Avec Sarah, nous avons exploré cette question : à quoi reconnaît-on une culture organisationnelle saine ?
Trois temps pour tirer ce fil :
Définir la culture pour mieux l’interroger
Des fragilités aux leviers : agir sur la culture au quotidien
Les rituels de Sarah pour co-créer une culture saine
On confond souvent la culture d’une organisation avec son style de management, son ambiance, ou les valeurs qu’elle affiche. Mais la culture, c’est autre chose.
C’est la manière dont on travaille ensemble. Ce qu’on valorise — ou non. Ce qui se dit, ce qui se tait, ce qui se reproduit sans qu’on s’en rende compte.
« La culture organisationnelle, pour moi, c’est d’abord comment on travaille ensemble. Comment on répond, par nos pratiques de travail, aux valeurs qu’on a définies et qui sont communes. » Sarah Durieux
Dans Organizational culture and leadership, Edgar Schein propose de distinguer trois niveaux de culture :
les artefacts : ce qui est visible (rituels, outils, postures) ;
les valeurs déclarées : ce qu’on prétend valoriser ;
les croyances profondes : ce qui oriente vraiment les comportements, souvent de façon inconsciente.
Ce qui rend la culture difficile à saisir, c’est justement sa part informelle. Elle s’exprime dans les silences, les raccourcis, les zones de flou. Et ce sont souvent les pratiques les plus ordinaires — réunions, recrutements, feedbacks — qui la révèlent le mieux.
Des fragilités aux leviers : agir sur la culture au quotidien
Une culture organisationnelle ne tient pas à ses intentions. Ce sont les gestes du quotidien qui l’enracinent — ou la fissurent. Et ce sont souvent les tensions ordinaires qui révèlent ses fragilités.
« Les dysfonctionnements ne viennent pas des intentions. Ils viennent du manque de cadre, du manque de discussion, du manque de clarté. »
Les sources de désalignement
Sarah Durieux pointe trois sources fréquentes de désalignement, en particulier dans les structures engagées : le flou, l’implicite, et la confusion entre mission et pratiques.
Le flou
Rôles mal définis, circuits de décision opaques et attentes non explicites : ces zones grises créent de la confusion. Elles nourrissent les tensions, installent des inégalités invisibles et fragilisent la confiance.
« Quand il y a des conflits ou des tensions, c’est rarement sur les objectifs. C’est presque toujours sur la manière de travailler ensemble. »
Face à cela, Sarah plaide pour un travail régulier de cadrage : clarifier les responsabilités, donner de la place à chacun.e, expliciter les modes de fonctionnement, nommer les points de blocage.
Crédit photo : Juliette Dupuis Carle
L’implicite
La culture repose souvent sur des codes informels, rarement questionnés. Celles et ceux qui les maîtrisent s’y sentent « dans un cocon ». Les autres restent en périphérie, sans toujours comprendre pourquoi.
« C’est dangereux de croire que la culture ne se dit pas. Ce qu’on ne nomme pas ne peut pas être remis en question. »
Rendre les règles explicites, c’est permettre à chacun·e d’y prendre part. Ce n’est pas figer un modèle. C’est créer les conditions d’un débat — et d’une évolution partagée.
La confusion entre mission et pratiques
Dans les structures à impact, une confusion fréquente complique encore l’analyse : on suppose qu’une cause juste garantit des pratiques justes.
Mais une mission « juste » ne suffit pas à faire culture. Elle peut même masquer des désajustements profonds. Car la culture n’est pas ce qu’on aspire à être : c’est ce qu’on fait et comment on le fait, au quotidien.
Une organisation peut donc avoir un objectif juste — et reproduire en interne des rapports de pouvoir, des exclusions ou des injustices.
« On affiche des valeurs, mais on ne travaille pas forcément sur leur mise en œuvre. Parce que la mise en œuvre nécessite souvent de réajuster, de questionner nos méthodes de travail. »
Construire une culture saine, c’est traduire la mission en pratiques concrètes. Et accepter, collectivement, que cela suppose du travail, du cadre, et parfois du renoncement.
La structuration de la culture par les RH
La culture d’une organisation ne se décrète pas, mais elle peut se structurer. Pour cela, encore faut-il que la fonction RH soit pensée comme un levier de cohérence, et non comme une simple centre de gestion administrative.
« J’ai du mal à dissocier la culture des politiques RH. Pour moi, c’est dans les RH que la culture s’incarne le plus. »
Sarah insiste sur l’importance de faire des ressources humaines un espace stratégique : un lieu où les valeurs s’alignent aux pratiques, où les zones de flou sont questionnées, où les règles implicites deviennent discutables.
Cela suppose de s’interroger, en continu, sur les dynamiques de légitimité et de pouvoir : Qui décide vraiment ? Qui a accès à l’information ? Qui est légitime pour porter un désaccord ? Qui a le droit à l’erreur — ou pas ?
Ce sont ces questions, plus que les outils ou les process, qui permettent aux RH de jouer leur rôle de garde-fous de la culture.
Les rituels de Sarah pour faire vivre une culture saine
Une culture saine ne se décrète pas. Elle se construit dans la durée, à travers des pratiques partagées, des espaces de régulation, et des outils simples qui permettent à chacun·e de comprendre comment contribuer à la mission.
Dans ses rôles de direction, Sarah a expérimenté plusieurs rituels qui visent tous un même objectif : rendre visible ce qui est souvent implicite, pour pouvoir interroger la culture, l’améliorer, un pas après l’autre.
Tip 1 : Mode d’emploi personnel pour mieux coopérer
« J’utilise beaucoup le “mode d’emploi” personnel. Chacun écrit comment il ou elle fonctionne, ce qui bloque ou freine, ce dont il ou elle a besoin pour travailler correctement et pour se sentir à sa place, ce qui le ou la met en sécurité. »
Ce document, partagé avec les collègues, permet de poser dès le départ les bases d’une coopération respectueuse. Il aide à anticiper les malentendus, à reconnaître les besoins de chacun·e, et à ajuster les interactions.
Tip 2 : Un cadre pour guider les décisions
« Avant le lancement de Multitudes, on a fait tout un travail autour de ce qu’on a appelé un “equity framework”. C’était presque un sous-travail sur les valeurs : c’est quoi nos principes d’équité, et comment on les décline dans nos politiques internes ? »
Ce cadre a permis de relier les valeurs d’équité à des décisions concrètes : rémunérations, répartition du pouvoir, accès à l’information, gestion des tensions. Ce n’était pas un document de communication, mais un outil vivant, au service de la cohérence.
Tip 3 : Le récit personnel pour aligner l’engagement
« J’utilise aussi la méthode du récit personnel d’engagement. C’est un rituel où chaque talent relie son histoire personnelle à celle de la mission de l’organisation. Pourquoi cette personne est là. Ce qu’elle cherche à défendre. Ce qui la relie aux autres et à la mission. »
Ce travail de récit permet de redonner du sens à l’engagement, en reconnectant chaque personne à la mission. C’est aussi un moyen de renforcer l’écoute mutuelle et de valoriser des parcours pluriels.
Tip 4 : Des accueils et départs soignés
Sarah insiste sur l’importance de soigner les moments de transition : l’arrivée, mais aussi le départ. Ce sont des moments à forte charge symbolique, qui en disent long sur la manière dont une organisation considère les personnes — au-delà de leur contribution.
« Ce n’est pas juste une question de process. C’est un moment où l’on montre concrètement ce qu’on valorise. »
À l’arrivée, cela passe par un onboarding clair, incarné, où l’on transmet autant la mission que les manières de faire ensemble. Et où les attentes implicites sont rendues explicites.
Au départ, cela suppose de prendre le temps de reconnaître ce qui a été fait, ce qui a compté, ce qu’on retient.
Ces rituels ont en commun de poser un cadre, sans enfermer. De rendre explicite, sans figer. Et surtout : d’offrir aux équipes des points d’appui pour faire évoluer leur culture, ensemble.
Et vous ? Qu’est-ce qui, dans votre quotidien professionnel, vous a donné le sentiment d’évoluer dans une culture saine ?
Un rituel, un cadre, un espace ? Répondez simplement à cet email. Je suis curieuse de vous lire — et de continuer à tirer ce fil, avec vous.
2. Brèves d’impact
Les Licoornes fêtent leurs 4 ans.
Le 12 mai 2021 naissait l’Alliance des Licoornes, regroupant des coopératives engagées pour une transition juste (Enercoop, La Nef, Mobicoop, Réseau Citiz Railcoop, CoopCircuits, Commown, Label Emmaüs et TeleCoop).
Quatre ans plus tard, le collectif a bien grandi : quatre nouvelles coopératives ont rejoint l’aventure (Tënk, Coopérative Biocoop, éthi'Kdo, Windcoop) une plateforme d’avantages sociétaires a vu le jour, et l’Onde de Coop est devenue leur festival emblématique.
Vers plus de transparence dans la mode : feu vert européen pour l’Ecobalyse
La Commission européenne vient de valider l’affichage environnemental français pour les vêtements : l’Ecobalyse. Ce score, basé sur une échelle ouverte, mesure l’impact environnemental d’un vêtement. À partir du second semestre 2025, toute marque qui communique sur son empreinte carbone devra afficher ce score sur ses étiquettes. Et passé un an, des associations de consommateurs pourront publier un score par défaut si la marque n’a rien fait.
Les Prix de l’ESS 2025 sont ouverts !
Depuis le 20 mai, les structures de l’économie sociale et solidaire peuvent déposer leur dossier pour les Prix de l’ESS 2025. Organisé par ESS France, ce concours national met en lumière les initiatives répondant aux enjeux sociaux et environnementaux actuels. Pour postuler, c’est jusqu’au 13 juin et ça se passe ici.
Vous souhaitez partager vos nouvelles ici ? Envoyez les moi en répondant à cet email.
3. Les offres d’emploi RH & impact
Vous souhaitez que votre offre d’emploi apparaisse dans la prochaine édition de Mission RH ? Le plus simple pour me contacter est de répondre à cet email.
Coordinateur.trice Ressources Humaines - Cellule des Urgences chez Médecins Sans Frontières, CDI, Paris
Deux postes de Gestionnaire Ressources Humaines pour la Croix-Rouge française l’un à Saint-Etienne, l’autre vers Rouen, tous les deux en CDI.
Responsable des Ressources Humaines pour l’association La Chorba, CDI, Paris.
Chargé.e de vie coopérative pour Enercoop, CDI, Paris
Responsable Développement RH Régional pour la fondation Apprentis d’Auteuil, CDI, Toulouse
Directeur.rice de la formation pour l’École des Cuistots Migrateurs, CDI, Montreuil
Chef.fe de projets égalité des chances pour l’IÉSEG, CDI, Paris ou Lille
Vous connaissez une personne qui pourrait être intéressée par ces offres d’emploi ? Transférez-lui cet email.
Et voilà, cette troisième édition est presque terminée.
La prochaine édition ?
J’ai le plaisir d'accueillir ici Claire Pétreault, Créatrice des Pépites Vertes, Présidente du Club des Pépites et Autrice de "Je Bosse pour la Planète". Nous allons parler “générations”. Hâte de partager cela avec vous.
Et avant de vous laisser…
J’ai deux petites choses à vous demander :
Mettez un petit like ou un commentaire. Ça me booste.
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Belle semaine à vous et à dans 15 jours,
Anaïz.




Superbe newsletter encore une fois. Merci Anaïz pour ces précieux tips !